Préface
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La dernière fois que j’écrivais ici, les endroits où j’allais en vacances n’avaient pas encore brûlé, personne se doutait que certains de mes artistes préférés étaient des agresseurs sexuels, et je vous ai pas même pas encore parlé de la guerre ni de l’intelligence artificielle.

Ma mère m’appelle un week-end, “allô, mon chéri, oui, on va bien, ne t’inquiète pas, y’a le feu à Biscarosse, on mangeait calmement le repas sur la terrasse, et d’un coup, les haut-parleurs du camping se sont allumés, et ils ont donné l’ordre d’évacuer, on a dormi dans un gymnase, par terre, mais je répète, nous on est sains et sauf, mémé va bien, d’ailleurs elle t’embrasse, et toi, tout va bien à Paris ?”

Oui, maman, tout va bien, pendant que vous luttez contre l’un des quatre éléments de l’univers, moi, je continue de fabriquer le mien, d’univers, et je retravaille mon portfolio, et j’écris mon premier livre, et même que je pense déjà à celui d’après.

Merde, j’ai tellement tardé à trouver les mots et savoir ce que je veux faire de ma vie que le monde a eu plus de temps qu’il ne lui fallait pour partir en vrille. C’est dans ce climat plus qu’austère, où la confiance se perd, où les apparences sont trompeuses, et où les extrêmes montent aussi vite que les températures, que j’ai choisi mon moment pour atteindre mon meilleur niveau, que j’ai enfin trouvé ce que je veux raconter, ce que je veux écrire.

J’ai toujours eu le sens du timing.

Tout ce que je peux faire, c’est dire merci à notre monde pour toutes ces horreurs, ces lieux qu’on nous arrache, ces vies qu’on nous prend, ces rêves qu’on nous vole. C’est là-dedans, sans doute, que je trouverai de quoi remplir les dernières pages de mon livre.

Et je peux m’empêcher de me demander, en ces temps de plus en plus durs, si vous en aurez vraiment quelque chose à foutre de ce que j’écris.


Troquer la Deûle pour la Seine
Troquer la Deûle pour la Seine